Kinshasa, octobre 2025 — Le secteur pétrolier congolais traverse une zone de turbulences. Selon le Comité de suivi des prix des produits pétroliers, près de 16 millions de dollars américains de pertes et de manques à gagner ont été enregistrés au cours des six premiers mois de l’année 2025. Une évaluation menée du 7 au 10 octobre a mis en lumière les difficultés croissantes des sociétés pétrolières opérant en République démocratique du Congo (RDC), sur fond de révision des prix à la pompe et de nouvelles mesures gouvernementales.
Un constat alarmant pour l’économie nationale
Les conclusions de cette évaluation, relayées par un communiqué du ministère de l’Économie nationale, marquent une étape décisive dans la régulation du secteur pétrolier congolais. Ces pertes, cumulées au premier semestre, reflètent les effets conjoints de la fluctuation des cours mondiaux, des coûts d’importation élevés et d’une politique de stabilisation des prix intérieurs souvent jugée défavorable aux opérateurs.
Selon Joseph Makondo Maboko, président du Comité professionnel des pétroliers nationaux (CPPN) au sein de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), les travaux de certification ont permis d’évaluer avec précision l’ampleur des pertes subies par les sociétés du secteur :
« Participer à ces travaux est une source de satisfaction, surtout que nous œuvrons pour notre pays. Nous avons commencé mardi dans le cadre du Comité de suivi des prix des produits pétroliers, ce qui a conduit à une révision des prix à la pompe. Nous avons ensuite poursuivi avec la certification des pertes et manques à gagner des sociétés pétrolières pour les premier et deuxième trimestres de 2025 », a-t-il déclaré.
L’évaluation s’est déroulée, selon lui, « de manière intensive et satisfaisante », réunissant experts, techniciens du ministère et représentants des opérateurs.
Une baisse de 10 % du prix du carburant dans la zone Ouest
En parallèle, le gouvernement a annoncé une baisse de 10 % du prix des carburants dans la zone Ouest du pays. Cette mesure, rendue publique par le ministre de l’Économie nationale, vise à soulager les consommateurs et à stabiliser le pouvoir d’achat dans un contexte économique tendu.
Le prix du litre d’essence à la pompe passe ainsi de 2 990 à 2 690 francs congolais, soit une réduction de 300 francs. Une décision accueillie positivement par les automobilistes de Kinshasa et des provinces environnantes, mais qui suscite des inquiétudes du côté des sociétés importatrices, déjà fragilisées par des marges réduites.
Entre régulation et survie du secteur
Si la baisse des prix est saluée comme un geste social fort, elle soulève aussi la question de la viabilité financière des opérateurs pétroliers. Ces derniers rappellent que le système de subvention et de compensation, censé couvrir les pertes liées à la régulation des prix, accuse des retards chroniques de paiement.
Les experts appellent le gouvernement à adopter une approche équilibrée, combinant protection du consommateur et sauvegarde des entreprises locales, afin d’éviter un désengagement progressif des acteurs du secteur.
« Sans mécanisme de compensation rapide et transparent, ces pertes risquent d’entraver l’approvisionnement régulier du pays en produits pétroliers », alerte un économiste proche du dossier.
Vers une refonte du modèle de régulation ?
La réunion d’octobre marque également le début d’une réflexion stratégique sur la réforme du modèle de fixation des prix. Plusieurs observateurs plaident pour une révision périodique plus réaliste, indexée sur les coûts réels du marché international et les taux de change, afin d’assurer une meilleure visibilité aux entreprises.
Alors que le gouvernement cherche à concilier stabilité économique, justice sociale et attractivité du secteur, la situation actuelle illustre les défis persistants d’une économie dépendante des importations et exposée aux chocs extérieurs.




















