La condamnation de Joseph Kabila à la peine de mort continue de susciter de vives réactions. Dans une déclaration officielle publiée lundi 6 octobre, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) s’est dite « horrifiée » par le verdict de la Haute Cour militaire. Les évêques catholiques dénoncent une décision contraire à la sacralité de la vie et rappellent leur opposition constante à l’application de la peine capitale en République démocratique du Congo.
CENCO : “La vie humaine est sacrée et inviolable”
La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), par la voix de son secrétaire général, Mgr Donatien Nshole, a fermement condamné la peine de mort prononcée contre l’ancien président Joseph Kabila.
Dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, Mgr Nshole a rappelé que « la constitution de notre pays consacre la sacralité de la vie humaine et la compte parmi les droits fondamentaux auxquels il ne peut être porté atteinte en aucun cas ».
S’appuyant sur la loi divine — « Tu ne tueras pas » (Exode 20,13, souvent référencé par erreur comme Exode 18) —, les évêques estiment que l’exécution d’une peine de mort viole le droit à la vie, pilier fondamental de l’enseignement chrétien et de l’ordre moral.
« La peine de mort et sa logique de rétribution ne sont pas compatibles avec l’Évangile du Christ », a ajouté Mgr Nshole, réaffirmant la position de l’Église catholique contre toute forme d’exécution judiciaire.
Un verdict qui choque la communauté religieuse
Le verdict de la Haute Cour militaire de Kinshasa, rendu le 30 septembre, condamnant Joseph Kabila Kabange à la peine capitale pour trahison et participation à un mouvement insurrectionnel, continue d’alimenter les débats.
Si le gouvernement reste silencieux, la réaction de la CENCO vient rappeler la dimension morale et spirituelle de cette décision, qui pourrait profondément marquer l’histoire judiciaire congolaise.
Les prélats catholiques se disent « horrifiés » par la rapidité et le caractère expéditif du procès, estimant qu’un jugement d’une telle gravité devrait se dérouler dans le strict respect du droit, de la transparence et des droits de la défense.
Cette prise de position met en lumière la tension croissante entre l’autorité judiciaire et l’autorité morale de l’Église, institution historiquement influente en RDC.
La CENCO rappelle son opposition à la peine de mort
Ce n’est pas la première fois que la CENCO s’élève contre la peine capitale. Déjà le 23 mars 2024, après la note circulaire du ministre de la Justice annonçant la levée du moratoire sur son application, les évêques avaient publié un message appelant à l’abolition totale de la peine de mort en République démocratique du Congo.
À l’époque, la CENCO estimait que ce moratoire devait « naturellement aboutir à l’abolition et non à la reprise d’une mesure inhumaine ».
Pour Mgr Nshole, « la peine de mort blesse la dignité de la personne humaine créée à l’image de Dieu » et représente « un échec moral pour toute communauté qui aspire à la justice et à la réconciliation véritable ».
Un débat de société ravivé par le procès Kabila
La condamnation de Joseph Kabila ne se limite pas à une affaire judiciaire : elle rouvre le débat national sur la légitimité de la peine capitale en RDC.
Le pays, longtemps soumis à un moratoire sur les exécutions, a récemment relancé plusieurs procédures capitales, suscitant la réprobation des organisations de défense des droits humains et de la société civile.
Des ONG comme Amnesty International ou Human Rights Watch rappellent que la RDC fait partie des 55 pays ayant maintenu la peine de mort dans leur législation, bien qu’aucune exécution officielle n’ait eu lieu depuis plusieurs années.
La position de la CENCO s’inscrit donc dans une mouvement mondial en faveur de l’abolition, soutenu notamment par le Vatican, qui appelle les États à privilégier la justice réparatrice plutôt que punitive.
Une Église gardienne de la conscience nationale
Depuis les années 1990, l’Église catholique congolaise joue un rôle majeur dans la défense des droits humains et la consolidation démocratique.
De la Conférence nationale souveraine à la transition de 2018, la CENCO a souvent agi comme un contre-pouvoir moral, dénonçant les dérives du pouvoir politique et les atteintes aux libertés fondamentales.
En s’opposant à la condamnation de Joseph Kabila, l’institution religieuse ne prend pas seulement position pour un homme, mais pour un principe universel : la primauté de la vie et de la dignité humaine.
Cette déclaration pourrait également influencer les débats parlementaires à venir, notamment sur la réforme du Code pénal militaire, qui continue de prévoir la peine capitale pour trahison, espionnage ou crimes de guerre.
Vers un appel à la réconciliation nationale ?
Au-delà de la polémique judiciaire, la CENCO invite les Congolais à réfléchir à une justice qui restaure plutôt qu’elle ne détruit.
Pour Mgr Nshole, « seule une société capable de pardonner peut guérir ses blessures et reconstruire durablement la paix ».
Dans un contexte politique tendu, où la justice semble devenir un champ de bataille entre institutions, l’appel des évêques résonne comme un cri de conscience nationale : un rappel que la justice sans miséricorde risque de semer de nouvelles divisions.




















