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RDC : après Etienne Thisekedi, faut-il rapatrier la dépouille de Mobutu ?


Après le rapatriement de la dépouille d’Etienne Tshisekedi et l’important hommage qui lui a été rendu, des voix se sont élevées -notamment sur les réseaux sociaux- pour que le corps de l’ancien président Mobutu, inhumé au Maroc en 1997, revienne à son tour en République démocratique du Congo. Ce rapatriement aurait-il un sens ? D’autres personnalités défuntes pourraient-elles, elles aussi, être rapatriées ? Entretien avec Bob Kabamba, professeur de sciences politiques à l’université de Liège, en Belgique.

Que représente le souvenir de Mobutu dans le Congo de 2019 ?

Il y a toute une nouvelle génération qui n’a pas connu Mobutu mais il existe une certaine nostalgie liée notamment à la grandeur du pays, au fait qu’il incarnait une forte personnalité qui en imposait non seulement en Afrique mais aussi sur la scène internationale. On comparait souvent Joseph Kabila et Mobutu, mais pour dire que si ce dernier était encore là, le voisin rwandais n’aurait sans doute pas pris un tel ascendant sur la politique congolaise. On entendait beaucoup aussi que, jamais sous Mobutu, le Congo ne serait devenu la risée du monde entier !
Rappelons aussi que, sous Mobutu, il n’y a pas eu de violences comme celles que l’on connaît actuellement, mises à part les deux guerres au Shaba (Katanga) dans les années 70 et la crise des mercenaires à la fin des années 60, mais de manière générale, il y a ce souvenir de paix.
On parle encore également du nationalisme congolais consolidé sous Mobutu, ce refus de voir le Congo perdre un seul centimètre de territoire, une Nation une et indivisible.

Les obsèques de Mobutu Sese Seko le 13 septembre 1997 à Rabat au Maroc.

Les obsèques de Mobutu Sese Seko le 13 septembre 1997 à Rabat au Maroc.
© AP Photo/POOL

Quels sont les liens aujourd’hui entre le président Félix Tshisekedi et la mémoire de Mobutu ?

Rappelons qu’Etienne Tshisekedi et Mobutu ont longtemps travaillé ensemble. “Le vieux” a occupé les plus hautes responsabilités. Même au moment de sa dissidence avec Mobutu, Etienne Tshisekedi occupait encore plusieurs fonctions au sein de ce qu’on appelait à l’époque le conseil législatif, l’équivalent du Parlement. Ensuite, depuis 1982, lorsqu’Etienne Tshisekedi a créé l’UDPS avec treize autres parlementaires, il s’est assumé dans un rôle d’anti-Mobutu, en particulier après 1990. Mais malgré les moments de forte tension, il y a eu des périodes de réconciliation : n’oublions pas qu’Etienne Tshisekedi a même été Premier ministre à la toute fin du règne de Mobutu pour essayer de mettre fin à l’offensive des rebelles de Laurent Désiré Kabila en 1996-1997.

Moïse Tshombe, Premier ministre du Zaïre dans les années 60, mort en Algérie en 1969. Il repose en Belgique.

Moïse Tshombe, Premier ministre du Zaïre dans les années 60, mort en Algérie en 1969. Il repose en Belgique.
© CC / fonds André Cros

Vous évoquiez une autre figure congolaise qui repose à l’étranger : Moïse Tshombe. Mort en Algérie en 1969, il repose dans la banlieue de Bruxelles. Ce rapatriement est-il envisageable ?

Dans le contexte actuel où Félix Tshisekedi oeuvre pour s’assurer une légitimité nationale, je pense qu’il va vouloir faire en sorte que le rapatriement de Mobutu se fasse, puis ensuite celui de Moïse Tshombe. Ce serait pour lui un atout important dans sa quête de légitimité, une occasion de se démarquer de la politique de Joseph Kabila. Il peut en tirer d’importants bénéfices politiques. Je pense encore au révolutionnaire Pierre Mulele dont on ignore où se trouve la dépouille, mais lui donner des obsèques dignes pourrait consolider Félix Tshisekedi au niveau national. Il ne faut pas perdre de vue la dimension politique donnée aux obsèques d’Etienne Tshisekedi. On se souvient que lors de l’investiture de Félix Tshisekedi, le seul chef d’Etat étranger présent était le kényan Uhuru Kenyatta. Aux funérailles de son père, les présidents congolais, rwandais et angolais avaient fait le déplacement et plusieurs autres pays étaient représentés. C’était l’occasion pour lui d’adresser un vrai message politique sur le thème de la légitimité.

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