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Le Schéma De La Kabilie Après Le 23 Décembre – Un Pays, Deux Présidents

Joseph Kabila ne fait rien au hasard. Il a renoncé à la course présidentielle du 23 décembre 2018, mais reste le maître du jeu. Emmanuel Ramazani Shadary, son dauphin désigné, ne pourra pas non plus lui faire ombrage. La création du FCC tient au schéma à activer au moment de la passation des pouvoirs de janvier 2019. Une direction bicéphale pourrait s’installer à la tête de la RDC après le 23 décembre, avec d’un côté, Joseph Kabila comme président « légitime », et de l’autre, Ramazani Shadary, président «constitutionnel ».

Joseph Kabila a in extremis renoncé à un éventuel troisième mandat présidentiel. Contre toute attente, il s’est plié à la Constitution en désignant le 8 août 2018 un dauphin à sa succession. Après une série de consultations, Kabila a jeté son dévolu sur Emmanuel Ramazani Shadary.

Secrétaire permanent du PPRD, après un passage éclair au gouvernement comme vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Ramazani Shadary est un homme de sérail. C’est aussi un homme confiance, ciblé depuis des mois par des sanctions occidentales du fait de son implication dans les violations massives des droits de l’homme en RDC. Pour Kabila, Ramazani Shadary est un homme qui porte le fardeau de sa loyauté. Elément qui a joué dans la balance au détriment de gros calibres du FCC tels que Matata Ponyo, Aubin Minaku ou encore Néhémie Mwilanya.

Pas un pas sans Kabila

Vis-à-vis de Kabila, Ramazani se sent redevable sur toute la ligne. Son parcours politique en témoigne. Sorti du néant, après avoir été nommé gouverneur de la province occupée de Maniema sous Laurent-Désiré Kabila, c’est avec Joseph Kabila que Ramazani est parvenu à remonter à la surface jusqu’à se hisser au sommet du parti au pouvoir, le PPRD. Trahir un jour son mentor n’est certainement inscrit dans son Adn. Kabila le sait. Raison pour laquelle il a misé sur lui pour pérenniser son règne après le 23 décembre 2018.

Loin du scenario Poutine – Medvedev (Russie), on voit mal comment Kabila pourrait se plier à ce jeu de chaise musicale avec son dauphin. L’hypothèse de voir Kabila enfourcher l’étoffe de Premier ministre de Ramazani Shadary, une fois élu en décembre prochain, est peu envisageable. Pour autant que Joseph Kabila tient au pouvoir, rêve du pouvoir et n’imagine pas un seul instant jouer les seconds rôles après avoir maitrisé le gouvernail du bateau RDC pendant plus de 17 ans.

Par conséquent, Emmanuel Ramazani Shadary est l’homme par lequel Joseph Kabila pérennisera son règne à la tête de la RDC. Ceci expliquant cela, des analystes comprennent avec du recul, la raison cachée de la création du FCC et dont le contrôle ne pourrait pas échapper à Joseph Kabila. N’en est-il pas la seule et unique autorité morale ?

Autrement dit, si jamais le 23 décembre 2018 Ramazani Shadary était porté à la magistrature suprême, il serait supposé se soumettre au diktat de Joseph Kabila. Du PPRD, au FCC en passant par la MP, tous lui vouent une allégeance sans faille à leur autorité morale. Leur survie politique ou leur chute en dépend.

Dans une vidéo qui circule sur la toile, Aubin Minaku, secrétaire général de la MP, s’adressant aux cadres de sa famille politique, a souligné l’urgence de mobiliser autour d’Emmanuel Ramazani Shadary pour sauver le « régime ». Qu’est-ce à dire ? Pas de dessin pour comprendre qu’il s’agit de consolider et pérenniser la dictature de Joseph Kabila.

Minaku, qui confirme sa loyauté à Kabila, n’y est pas allé par quatre chemins : « Au-delà des sensibilités, des sentiments de chacun, c’est le régime. C’est Joseph Kabila Kabange, c’est M’zee, c’est toute cette démarche. Et donc, nous devons travailler parce que si Ramazani perd, notre régime perd ; vous imaginez les conséquences ? ». Et de lancer par la suite son mot d’ordre : « Chacun doit réfléchir pour que nous communiquions comme il se doit, afin que notre candidat rafle la mise ».

Dans l’ombre de l’autorité morale du FCC

La Majorité au pouvoir n’est pas prête à oublier Kabila. Quoi que non partant à la présidentielle du 23 décembre 2018, le FCC a déjà calqué le rôle qu’assumera Joseph Kabila au terme de la présidentielle de décembre prochain. Autorité morale du FCC, c’est en fait Joseph Kabila qui aura l’effectivité du pouvoir. C’est à tout prendre le président « légitime » de qui dépendra directement Ramazani Shadary, une fois élu. Ce qui n’est pas étonnant. Car, dans ses différentes apparitions, Ramazani Shadary ne se gêne pas de confirmer son entière allégeance à Kabila. Qu’en sera-t-il une fois élu à la présidentielle ?

Il s’agit d’une poursuite de « sui generis » dans l’histoire de la RDC. Ce qui en fait un pays à part. En 2003, une formule a été inventée pour recoller les morceaux d’un pays qui se distinguait par plusieurs administrations aussi guerrières qu’autonomes. Les seigneurs de guerre de l’époque ont été récompensés dans le fameux schéma 1+4 : un président et quatre vice-présidents.

Quinze ans plus tard, une autre formule sortie de nulle part risque de se mettre en place. La RDC pourrait être dirigée par deux présidents : Ramazani Shadary et Joseph Kabila.

Au cas où il serait élu, Ramazani Shadary ne serait qu’un président « constitutionnel ». Il ne serait qu’un commis ou commissaire (c’est selon) appelé à sauver les apparences par respect de la Constitution actuelle. Arrivé fin mandat depuis 2016 et ayant renoncé à la présidentielle à la suite des pressions internes et internationales, Joseph Kabila gardera l’effectivité du pouvoir. Autorité morale du FCC, sa famille politique le considérerait comme le président « légitime », quand bien même il n’aurait pas été élu.

Les analystes redoutent les conséquences d’une direction bicéphale à la tête de la RDC. Joseph Kabila, président « légitime », incarnerait le pouvoir d’Etat, et son dauphin, Ramazani Shadary, président de fait dont le rôle se limiterait à inaugurer les chrysanthèmes.

Que gagnerait la RDC en empruntant cette voie sans issue ? C’est la question que l’on peut se poser à la lumière de ce qui se trame au sein du FCC. Le plus évident est que Kabila ne s’imagine pas encore à l’écart du jeu politique congolais.

En 17 ans de dictature, Kabila a développé un puissant réseau d’affaires en RDC. Il n’envisage de prendre le risque d’en confier la gestion à une main étrangère, fût-elle celle du dauphin. En s’écartant de la course présidentielle de décembre prochain, Joseph Kabila a mis parallèlement un dispositif politique qui lui garantit un parfait contrôle de celui qui lui succédera. La majorité au pouvoir sait pertinemment bien que son avenir politique dépend de la victoire du dauphin.

Aubin Minaku l’a reconnu, rappelant les « conséquences » qui découleraient d’un échec en décembre prochain. De l’avis du secrétaire général de la MP, faire gagner Shadary, c’est rester dans la lignée de Kabila.

Vu sous un autre angle, la victoire de Shadary à la prochaine présidentielle sera la consécration d’« un pays, deux présidents ».

ST/LP/LC


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