Kinshasa, 27 septembre 2025 – La Première ministre Judith Suminwa a annoncé une légère appréciation du franc congolais face au dollar américain, présentée comme une bouffée d’oxygène pour le pouvoir d’achat des ménages. Si le gouvernement salue ce signe de stabilité macroéconomique, l’opposition et plusieurs experts restent prudents, estimant que cette embellie pourrait n’être qu’un mirage.
Une tendance favorable mise en avant par le gouvernement
Lors du 60ᵉ Conseil des ministres tenu vendredi 26 septembre, Judith Suminwa a souligné une baisse de l’inflation et une amélioration du taux de change, désormais situé entre 2 600 et 2 750 francs congolais pour un dollar, contre 2 800 à 2 900 francs auparavant.
« Cet ajustement devrait produire un effet positif en termes de maintien du pouvoir d’achat des populations », a déclaré la cheffe du gouvernement, tout en reconnaissant que cette tendance pourrait réduire les recettes fiscales et creuser le déficit budgétaire. La Commission Économie, Finances et Reconstruction a été chargée d’examiner des options de resserrement budgétaire.
Selon les autorités, cette évolution résulte notamment de l’ajustement des réserves obligatoires par la Banque centrale du Congo (BCC) et d’une discipline accrue dans la gestion des finances publiques.
L’opposition dénonce un effet d’annonce
Dans la commune de Matete, à Kinshasa, l’opposant Delly Sesanga a dénoncé ce qu’il qualifie de « baisse factice » du dollar américain. S’adressant à ses partisans, l’ancien député a affirmé que les prix des produits de première nécessité n’avaient pas bougé malgré l’amélioration du taux de change.
« Tant que cette prétendue stabilité ne se traduit pas dans le panier de la ménagère, il ne s’agit que de supputations », a lancé Sesanga, pointant un décalage entre les chiffres officiels et la réalité du marché.
Les économistes appellent à la prudence
L’économiste et sénateur Faustin Luanga salue la rigueur affichée par le gouvernement, mais alerte sur le caractère conjoncturel de cette appréciation. Selon lui, la baisse du dollar sur les marchés internationaux, liée au déficit américain et aux incertitudes globales, explique en partie ce mouvement.
« Une monnaie forte sans économie solide est un château de cartes. Avons-nous diversifié notre économie, réformé notre fiscalité ou industrialisé notre pays ? La réponse est non. Cette embellie doit être l’occasion de bâtir des réformes structurelles, sinon elle restera illusoire », a-t-il averti.
Un enjeu historique pour l’économie congolaise
La stabilité du franc congolais est un défi récurrent depuis plusieurs décennies. Marqué par une dépendance aux importations, un faible tissu industriel et une forte dollarisation de l’économie, le pays peine à maintenir une monnaie nationale robuste.
La légère appréciation constatée aujourd’hui pourrait soulager temporairement les ménages, mais elle met aussi en lumière l’urgence d’une politique économique durable. Diversification de l’économie, industrialisation et lutte contre la corruption restent les conditions essentielles pour transformer cette embellie en véritable victoire nationale.





















