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Il y a 29 ans que nous quittait le Cardinal Joseph-Albert Malula

14 juin 1989 – 14 juin 2018, il y a 29 ans que le tout premier cardinal congolais quittait la terre des hommes. Né le 17 décembre 1917 à Léopoldville, actuel Kinshasa, en République Démocratique du Congo), Joseph-Albert Malula est décédé le 14 juin 1989 à Louvain en Belgique. Archevêque de Kinshasa de 1959 à 1964, il fut aussi président du Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar. Il devint cardinal en 1969.

Joseph-Albert Malula est l’un des cardinaux les plus importants de l’histoire moderne de l’Eglise catholique en Afrique noire. Sa mère est originaire du nord de la RDC (Equateur) et son père, du centre du même pays(Kasai). Il laisse le souvenir d’un personnage épris de passion pour la profondeur subversive de la Parole de Jésus. C’était un homme de foi solide et un humaniste doté d’une grande culture littéraire. Contribuer à la restauration du dialogue entre la dimension universelle et locale de l’Eglise catholique, tel fut l’un des projets mobilisateurs de son ministère.

Le cardinal Malula est considéré aujourd’hui comme «l’un des fondateurs des Églises d’Afrique […] et une de ces figures de la ‘patristique’ africaine », l’« émule des saints Athanase, des Cyprien et des Augustin », «le père du rite zairois ou le pionnier par excellence de l’africanisation de l’Église sur le continent noir ». Cette considération dont fait l’objet Mgr Malula est partagée par exemple par Mgr Zoa du Cameroun qui le qualifie comme « l’un des plus grands de ceux que ce siècle aura produit sur notre continent africain », ou par Mgr  Laurent Monsengwo, actuel cardinal et archevêque métropolitain de Kinshasa qui estime qu’il est « un géant de l’histoire du Zaïre et de l’Afrique ».

Trame biographique

La première période de sa vie, de sa naissance jusqu’aux bouleversements de la Seconde Guerre mondiale, correspond aussi à sa formation. La deuxième période, de 1946 à 1959, colle au début de son ministère comme prêtre jusqu’à son ordination épiscopale, à la veille de l’indépendance du Congo et à l’annonce du Concile Vatican II. Pendant cette période, le Congo et, de manière générale, l’Afrique sont secoués par des mouvements anticolonialistes qui modifient l’attitude de l’Église. La troisième période, de 1960 à 1972, est celle de l’indépendance du Congo et du conflit entre l’Église au Congo et le pouvoir dictatorial de Mobutu. La dernière période se poursuit avec des bouleversements sociétaux et s’achève avec sa mort en 1989.

Les premières années de ministère : de 1946 à 1959

Après son ordination, Joseph est d’abord professeur au petit séminaire de Bokoro. Quelques mois seulement après cette première affectation, il devra acquiescer à la demande formulée par Mgr Scalais, vicaire apostolique de Léopoldville, le nommant vicaire à la paroisse Saint-Pierre, puis curé de la paroisse du Christ-Roi et, plus tard, de celle de Saint-Pierre : deux des plus anciennes et plus grandes paroisses de Léopoldville. Premier prêtre autochtone à exercer la charge de « curé ». Sa vigueur dans la prédication, son éloquence, son zèle apostolique, sa capacité de gouvernance, sa vision de l’Église et son sens de travail en équipe lui assurent une confiance sans réserve de la part de son évêque, Mgr Scalais. La réputation de Joseph provoque une telle curiosité qu’un évêque, venu des Régions, Mgr Jean-Félix de Hemptinne (1876-1958), vicaire apostolique du Katanga, arrive à Léopoldville pour voir ce jeune prêtre indigène à qui l’on avait confié une paroisse en pleine ville de Léopoldville et dont la réputation dépasse les frontières de la capitale coloniale.

Lors de ces premières années, qui coïncident avec l’émergence de la vague de la décolonisation, Malula devient, à Léopoldville, l’une des chevilles pensantes de la société. Sa réflexion est placée sous le signe de deux considérations critiques : le déracinement culturel, produit de la situation coloniale, et la nécessité pour l’Église missionnaire de se distancer du pouvoir colonial. Perçu par les tout premiers jeunes intellectuels congolais comme un guide attachant, Malula est souvent sollicité pour l’animation de plusieurs mouvements chrétiens, parmi lesquels l’Action catholique, et il est fondateur de la Ligue des Évolués Catholiques du Congo. En outre, il lance le Mouvement Familial Chrétien. Dans cette conjoncture sociale et politique nouvelle, sur fond de malaise populaire, l’abbé Malula tente déjà à sa façon de réaliser la conjonction entre l’Église et l’expérience congolaise.

Malula évêque : de l’indépendance du Congo au grand conflit Église-État (1960 à 1972)

Nommé vicaire apostolique auxiliaire en 1959, tout juste avant l’érection de Léopoldville en diocèse et quelques mois avant l’indépendance du Congo, Joseph Malula devient archevêque de Kinshasa (nouveau nom de Léopoldville) en 1964. Troisième évêque autochtone congolais, il est considéré comme « l’un des fondateurs des Églises d’Afrique, l’un des pères et une figure de la patristique africaine ».

Après sa nomination comme premier évêque congolais de Kinshasa, Malula doit faire face à la vague des indépendances et à la tenue du Concile Vatican II, mais aussi à de nouvelles idéologies politiques africaines basées sur la revendication des identités culturelles traditionnelles. Un exode massif et croissant des populations rurales vers les nouvelles agglomérations urbaines pose de nouveaux défis, ainsi que la naissance de la sanglante dictature de Mobutu, la croissance du phénomène de la pauvreté, etc. Ces problèmes imposent la nécessité de l’africanisation de l’Eglise. Cette dimension socio-politique de l’Église congolaise à l’époque de Mgr Malula est réprimée par le pouvoir dictatorial de Mobutu. Victime de campagnes d’intimidation et d’isolement, Mgr Malula échappe d’extrême justesse à une exécution programmée. Il est envoyé en exil à Rome. Six mois plus tard, à la faveur de l’intervention diplomatique et personnelle du pape Paul VI, il a peut retourner au Congo.

De 1973 à 1989 : de l’après crise à sa mort

Cette dernière étape de la vie de Malula l’entraîne dans un vaste travail de mise en œuvre de l’Eglise. Il avait déjà touché à cette question de diverses façons, en s’intéressant notamment aux éléments qui assurent la cohésion et l’identité d’une Église particulière et d’une communauté chrétienne. L’organisation des ministères dans son diocèse avec la création d’un ministère pour laïques, appelés Bakambi, l’urgence de redéfinir l’Église à partir de petites communautés chrétiennes, la promotion et la mise en œuvre d’une liturgie chrétienne d’expression africaine, (appelée communément « rite zaïrois » ou « rite congolais » de la messe ) , l’implication de l’Église dans des questions touchant le développement et la justice sociale, feront rapidement le remarquable succès de son œuvre. Il a pris une part active au Concile Vatican II (1962-1965) en contribuant grandement à la rédaction du fameux document Sacrosanctum Concilium, sur la liturgie. En plus d’avoir coprésidé le Synode des évêques de 1985, il a surtout participé comme membre dans plusieurs commissions de ces synodes.

Mis à part les axes mentionnés, son activité pastorale est caractérisée, entre autres, par ses implications dans le processus de l’indépendance de la RDC, sa participation au débat relatif à la reconnaissance de la théologie africaine, son souci pour la famille chrétienne, pour la formation des prêtres, la création d’une communauté religieuse féminine dont le style de vie est encore à ce jour le point de référence en Afrique, l’organisation pastorale de l’archidiocèse de Kinshasa, la création de lieux de formation pour prêtres et agents laïques de pastorale, la convocation d’un synode diocésain qui eut un retentissement sans précédent à travers toute l’Afrique, ses participations actives aux débats des Semaines théologiques et philosophiques de l’Université Catholique du Congo, ses prises de positions en matière de justice sociale et en faveur des droits des femmes, des hommes et des pauvres. Il meurt le 14 juin 1989, alors que se précisait en lui le projet de la fondation d’un institut africain de missiologie.

En somme

Attentif à ce qui se vit de la foi en Afrique, intéressé aux nombreuses questions brûlantes qui préoccupaient ce continent de son vivant, Malula a apporté des propositions très concrètes qui indiquent comment dans ce contexte particulier, les communautés chrétiennes sont appelées à écrire leur histoire selon l’Esprit. En relisant son œuvre, on découvre qu’il n’était pas un répétiteur des slogans venant d’ailleurs; mais un acteur qui s’interroge sur le présent et l’avenir des communautés chrétiennes en Afrique à partir des enjeux en présence. La pertinence de sa pensée théologique et de ses prises de parole invite encore aujourd’hui l’Eglise à tout revoir en profondeur en examinant sa manière d’être, de penser et d’agir.

La pensée et l’œuvre du cardinal Malula restent malheureusement encore peu ou mal connues hors des frontières de l’Afrique. Toutefois, après les précieux travaux de Léon de Saint-Moulin et l’apport inestimable de François Luyeye, les années 2005 et 2007 consacrent le retour de la pensée de Malula au premier plan de la vie théologique africaine et achèvent son entrée dans la scène mondiale grâce à deux contributions de grande envergure : le pavé de Jean Mpisi, Le cardinal Malula et Jean-Paul II. Dialogue difficile entre l’Église africain et le Saint-Siège (2005), et la thèse doctorale de Rodhain Kasuba, L’Église et sa mission dans l’œuvre du cardinal J. A. Malula(2007). Longtemps après deux doctorats honorifiques qui lui furent décernés par les universités de Boston et de Louvain-La-Neuve, le cardinal Malula et sa pensée commencent à bénéficier d’une reconnaissance mondiale. Justice est ainsi rendue à un personnage historique dont la pensée aura eu une incidence sociale, politique et ecclésiale considérable sur le cours des événements dans la vie de l’Église aussi bien en Afrique qu’ailleurs, et dont l’agir aura imprimé une marque sur le temps, laissant une trace et contribuant à l’émergence de nouvelles configurations ecclésiales.

En outre, l’Eglise congolaise a célébré l’Année du Cardinal Malula du 20 septembre 2009 au 20 septembre 2010, une initiative rappelant le 50ème anniversaire de la consécration épiscopale du cardinal et le 20ème anniversaire de sa mort. A cette occasion, l’Archevêque de Kinshasa a souligné que le cardinal Malula a inspiré le travail des générations futures et des politiques, pour la culture, pour la nation et pour l’Église. “Pour son infatigable recherche de l’excellence et de la perfection, sa déclaration lapidaire “une Église congolaise dans un État congolais”, pour sa recherche de la conscience africaine, nous sommes reconnaissants à l’État d’avoir proclamé le Cardinal Albert Malula un héros national” a affirmé Laurent Cardinal Monsengwo.

 


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