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Ebola tue en silence… les Congolais distraits !

Cela fait deux mois que la terriblement meurtrière fièvre hémorragique à virus Ebola fait des ravages, officiellement, dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Alors que le bilan des morts et de nouveaux cas ne fait que s’alourdir, les communiqués officiels font penser à un recul de l’épidémie. Tout en admettant que les décideurs politiques ne peuvent pas se comporter en alarmistes, il y a lieu de déplorer les faiblesses du tissu sanitaire national et du dispositif de surveillance des mouvements des personnes aussi bien dans les zones touchées qu’en dehors de celles-ci.

En effet, pendant que les équipes chargées de la riposte s’activent pour éradiquer Ebola et éviter de nouvelles contaminations, l’insécurité et une campagne anti-vaccination perturbent leur travail
sur le terrain. Il se remarque, malheureusement, au Nord-Kivu comme en Ituri, des mentalités négatives de mobilisation des familles autochtones contre le vaccin anti-Ebola, au motif qu’il serait nuisible à la santé des adultes comme des enfants, de soustraction des cas suspects aux équipes chargées du dépistage et de leur prise en charge, d’enterrements clandestins des victimes d’Ebola.

L’autre facteur fort préjudiciable à la détection des suspects est à  chercher dans la transformation de barrières militaires et policières en sites de rançonnement des voyageurs. Au lieu d’aider les équipes
médicales positionnées sur les routes du Nord-Kivu, de l’Ituri, de la Tshopo, les hommes en uniforme sont uniquement intéressés par les «taxes » de passage. En conséquence des centaines voire des milliers de
voyageurs circulent, en toute liberté, entre les trois provinces, avec le maximum de risque de passage des cas suspects d’une province à l’autre. La mise en quarantaine des cas suspects est quasi impossible au
regard de la porosité des frontières interprovinciales et de la cupidité de ceux qui devraient assurer leur surveillance sanitaire.
Les mouvements incontrôlés des personnes et des biens entre le Nord-Kivu, l’Ituri et la Tshopo sont tels que nul ne peut jurer, à ce jour, que des sujets atteints d’Ebola ne séjourneraient pas déjà à Goma, Kisangani, Bumba, Lisala, Mbandaka et… pourquoi pas Kinshasa. Il faut craindre qu’au regard de l’élargissement des aires de propagation d’Ebola et de la précarité des moyens de dépistage des cas, des campagnes de résistance aux vaccins, de l’insécurité qui empêche les autochtones de se sédentariser et d’être dépistés ou vaccinés, on assiste, dans les semaines ou mois à venir, à une implosion des cas d’Ebola dans plusieurs contrées du pays. Des actions combinées de sensibilisation des populations et des «gestionnaires » des barrières routières, fluviales et autres s’imposent, de même que des actions de rétablissement de la paix dans les zones troublées de l’Est et du Nord du pays. Les habitudes hygiéniques des Congolais de Beni, Bunia, Butembo, Goma, Kisangani, Mbandaka, Kinshasa et autres devraient changer, dans le sens de la
prévention. Les médias publics, trop focalisés sur la pré-campagne électorale des candidats de la majorité au pouvoir, devraient donner régulièrement et suffisamment d’informations sur la riposte collective
face à Ebola. Si les Congolais continuent de vivre comme si Ebola appartenait au passé, le péril national est devant tous.
Kimp


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