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Corneille Nangaa : “Avec ou sans argent il y aura des élections le 23 décembre !”

À trois mois de la date des élections en République démocratique du Congo, le président de la Ceni confirme la tenue des élections, le budget incomplet et le refus d’avoir recours à l’aide extérieure.

DW : À quel niveau en est la Commission électorale nationale indépendante de la RDC quant à la préparation des élections fixées au 23 décembre 2018 ?

Corneille Nangaa : On a publié la liste définitive des candidats, ce qui ouvre la voie tout droit vers les élections. Pour le moment, les listes électorales provisoires sont affichées pour consultation par les électeurs. C’est-à-dire qu’au niveau des sites de vote, nous avons publié toutes les listes électorales de façon à ce que chaque électeur vienne confirmer où il va voter le 23 décembre.

Nous sommes en même temps en train de recruter les agents. Nous allons utiliser plus ou moins 450.000 agents qui vont travailler dans les 80.000 bureaux de vote, ainsi que les superviseurs. Le recrutement est en cours avec des tests. Les catégories des personnes recrutées sont les suivantes : nous recrutons les formateurs nationaux, nous recrutons les formateurs provinciaux, les techniciens des centres de vote, ce sont les gens qui vont réparer ou dépanner en cas de problèmes sur la machine à voter, nous recrutons en même temps les chefs de centres de vote et les membres des bureaux de vote. Plus de 450.000 agents qui sont recrutés à travers le pays en ce moment.

Au delà de cela nous avons commencé à recevoir le matériel. Nous devons recevoir plus ou moins 380 conteneurs. 58 premiers conteneurs avec le matériel venant de la Chine sont arrivés sur trois points. Les premiers sont arrivés par Matadi pour la zone Ouest, les deuxième sont arrivés à Goma à partir du port de Dar Es Salaam et le troisième point est à Mahagi à partir du port de Mombasa. Donc ce processus de réception de matériel va se poursuivre jusqu’au mois d’octobre et permettre à ce que nous déployions le matériel jusqu’aux sites de formation.

DW : Nous apprenons que vous avez reçu également un premier lot de près de 18.000 isoloirs. Qu’en est-il ?

Il n’y a pas que des isoloirs. On appelle ça la quincaillerie électorale : isoloirs, urnes, les registres, les carnets et les kits bureautiques à utiliser au niveau des bureaux de vote parce qu’ils utilisent les stylos, l’encre indélébile et consorts, tout ça est arrivé avec les isoloirs. C’est le premier lot de matériels.

DW : Alors que faites-vous des remarques émises par les experts britanniques qui ont parlé de quinze risques à atténuer concernant l’utilisation des machines à voter qui continuent de susciter un peu de méfiance dans les rangs de l’opposition et de la société civile congolaises ?

Non ! Ce n’est pas de la méfiance. Et je peux d’abord vous dire que quand en 2011 des gens ont regretté les résultats des élections en dénonçant des tricheries etc…, il n’y avait pas de machines à voter. Nous saluons le travail objectif mené, les analyses objectives de la Fondation Westminster pour la démocratie. Ils ont effectué un travail qui a dissipé les malentendus objectifs. Sauf les malentendus construits pour d’autres raisons.

Les malentendus objectifs sont dissipés désormais. Nous avons travaillé pendant trois mois avec cette fondation. Il faut dire que certaines des recommandations qu’ils ont faites sont déjà prises en compte et nous allons prendre en compte toutes ces recommandations pour permettre que le système fonctionne bien.

DW : Et qu’en est-il des millions d’électeurs sans empreintes digitales ? C’est aussi un point sur lequel l’opposition est en attente d’avoir satisfaction.

La satisfaction devrait venir par le fait que, dans chaque bureau de vote, nous venons d’afficher les listes électorales. Il est demandé à chaque Congolais – et l’opposition devrait envoyer ses militants – d’aller vérifier si son nom existe effectivement sur la liste électorale. Ca dissipe les malentendus pour dire qu’il y a des électeurs sans empreintes digitales. Le jour de vote, on ne regarde pas les empreintes digitales. Quand quelqu’un vote au Congo, il vient avec sa carte. On ne vérifie que le nom de l’individu ainsi que la photo de l’individu. Si ces deux éléments sont là, il vote.

Quelqu’un qui n’a pas d’empreintes digitales mais dont la photo est là ainsi que ses données à savoir les nom, prénoms et adresse, il a le droit de voter ! Ca c’est une fiction montée encore une fois.

DW : Monsieur Nangaa vous confirmez donc l’existence de ces six millions d’électeurs sans empreintes digitales ? Ils existent vraiment ?

Non ce n’est pas que je confirme. C’est nous qui avons dit ça à l’OIF. Ce n’est pas l’OIF qui l’a découvert ! C’est la CENI qui a informé l’OIF que le fichier à auditer comporte six millions d’électeurs, qui sont des électeurs parce que leurs photos sont là et d’autres données sont là mais dont les empreintes digitales ne sont pas lisibles. C’est la CENI qui avait informé l’OIF, donc aujourd’hui je confirme aussi. Ce n’était pas une découverte de l’OIF !

DW : Pour ce qui concerne l’argent nécessaire, la CENI avait dit qu’elle avait besoin de 432 millions de dollars pour organiser ces élections. D’après nos informations vous avez déjà reçu 143 millions de dollars. Il manque encore environ 289 millions de dollars. Est-ce que le gouvernement va vous donner cet argent ?

Posez la question au gouvernement ! Ca ce n’est pas la question qui me concerne. Mais ce qui est sûr, avec ou sans argent il y aura des élections le 23 décembre.

DW : Sans apport extérieur ?

Ca c’est une option levée par le gouvernement et que nous respectons de toutes les façons et qui constitue un élément important pour le processus électoral.

DW : Même si le besoin est là, Monsieur Nangaa ?

Même si le besoin est là. Et pourquoi les gens s’acharnent aujourd’hui à donner de l’aide ? Lorsqu’on demandait avant on ne voulait pas en donner. Pourquoi aujourd’hui du coup on veut absolument en donner ?

Quand on demandait l’argent depuis 2015, on posait des conditions. De conditionnalités en conditionnalités. Et maintenant la personne dit je n’en ai plus besoin. Pourquoi insiste-t-on en disant non, prenez seulement l’aide qu’on veut ? Il y a un problème !

DW : Alors Monsieur Corneille Nangaa, vous êtes donc, à vous entendre parler, dans la logique de la tenue de ces élections le 23 décembre. Il n’y a pas de report.

Les élections se tiendront le 23 décembre !

Entretien réalisé par Fréjus Quenum
Deutsche Welle

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